Quel est le Statut de Musicien Intermittent du Spectacle ?

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On parle souvent du statut d’intermittent du spectacle pour les artistes et techniciens. En réalité, si on veut être précis, il faudrait plutôt parler de régime, car c’est un régime d’indemnisation chômage pour des travailleurs qui sont considérés comme précaires, en raison de leur activité.

Nous allons voir ici comment fonctionne ce régime et comment faire pour y prétendre quand on est musicien. J’essaierai ici de survoler de façon assez générale cette question, pour vous donner les meilleures clefs pour y voir plus clair dans votre projet musical.

Sachez cependant qu’il y a beaucoup de cas différents, énormément à dire sur cette question, et qu’il est difficile de tout évoquer dans un seul article. J’espère néanmoins qu’il pourra vous aider.

Définition et conditions

Un intermittent du spectacle est donc un artiste ou un technicien du spectacle qui alterne les périodes d’emploi et de chômage. Il a donc un statut précaire, car il est employé en CDD d’usage, ce qui permet aux employeurs de s’adapter au caractère temporaire des tournées et des spectacles.

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Afin de palier à cette précarité, il relève d’une assurance-chômage gérée par une branche particulière de Pôle Emploi, appelée Pôle Emploi Spectacle. Ce régime diffère du régime général d’assurance-chômage sur plusieurs points, et notamment sur la durée minimale requise de travail permettant l’ouverture des droits.

Ainsi, pour obtenir des allocations chômage, l’intermittent du spectacle doit justifier avoir travaillé 507 heures.

Il est important de noter que pour pouvoir bénéficier de ce régime, il faut :

  • Résider en France.
  • S’être préalablement inscrit comme demandeur d’emploi auprès de Pôle Emploi spectacle.
  • Être en recherche « active et permanente » d’un emploi (et pouvoir en justifier).
  • Être apte physiquement à exercer un emploi.

507 heures ou 43 cachets

Pour toucher les indemnités chômage, il faut donc avoir travaillé 507 heures durant la période de 12 mois précédant la fin du dernier contrat.

En ce qui concerne les musiciens, ils sont rémunérés en cachets et Pôle Emploi considère qu’un cachet équivaut à 12 heures de travail.

Comme vous êtes bon en maths, vous l’avez compris, pour réaliser votre nombre d’heures, il vous faudra réaliser 43 cachets en 12 mois (bon OK, ça fait 516 heures en réalité, mais on ne va pas pinailler, 507 divisés par 12 ne font pas un compte rond).

Cela veut donc dire qu’en tant que musiciens, il vous faudra faire 43 concerts payés et déclarés en un an. Il est à noter que vous ne pouvez réaliser plus de 250 heures en un mois, auquel cas votre activité ne serait plus considérée comme intermittente par Pôle Emploi.

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Les heures de répétition peuvent entrer dans le comptage de vos heures, si elles sont déclarées comme telles. Pour ceux qui enseignent la musique, il est possible de comptabiliser les heures d’enseignement, dans une limite de 70 heures (120 heures pour les plus de 50 ans).

On peut être employé par des entreprises du secteur, mais aussi par des associations et même des particuliers, pour ce dernier cas, il faudra passer par un guichet nommé le GUSO.

Quelques chiffres sur les intermittents

En 2019, on comptait 276 000 intermittents du spectacle. C’est-à-dire des personnes ayant travaillé au moins une fois dans ce domaine.

Il faut savoir que :

  • 25 pourcents d’entre eux n’ont réalisé qu’un seul contrat en une année.
  • Les artistes réalisent en moyenne 14 contrats par an.
  • 8 pourcents environ ont réalisé cinquante contrats ou plus en une année.
  • L’audiovisuel concentre cinquante-cinq pourcents de la masse salariale et quarante-deux pourcents des heures travaillées.
  • 41 pourcents des intermittents résidents en Île-de-France.
  • Une immense majorité de ceux qui relèvent de ce régime, parce qu’ils ont travaillé dans le secteur culturel, ne sont pas indemnisés pendant les périodes sans activité professionnelle.
  • N’ayant pas réalisé le nombre d’heures ou de cachets suffisants.

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Le cas compliqué des musiciens

Vous comprenez donc que le cas des musiciens est compliqué, je ne parlerai ici que des musiciens des musiques dites amplifiées ou actuelles. Pour les musiciens de classique, les choses sont un peu différentes, même s’il y a des problématiques similaires.

Cas numéro 1 : Vous jouez dans un groupe

Admettons que vous fassiez partie d’un groupe, on prendra quatre musiciens, basse, batterie, guitare/chant, claviers. Si vous prétendez tous les quatre relever de ce régime, en prenant un cachet minimal (prenons 160E par musicien : 80E nets +80E de charges sociales) parce que vous n’êtes pas (encore) connus.

Cela signifie que votre prestation sera vendue 640E et qu’il vous faudra trouver 43 endroits dans l’année, qui vous paient au moins ce montant pour que vous puissiez tous être des intermittents indemnisés.

En réalité, il vous faudra facturer un peu plus, car vous devrez évidemment vous déplacer dans toute la France, vous loger et vous nourrir. On peut évidemment utiliser le système D (familles, potes, etc.), mais si ça peut fonctionner dix fois ; pour toutes les dates de concert, ça paraît difficile.

La difficulté étant de trouver évidemment les lieux de concerts. D’abord parce qu’on est dans un secteur extrêmement concurrentiel (vous n’êtes pas le seul groupe), et qu’il n’y a pas tant de lieux de concerts professionnels que cela en France.

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Pour un groupe de ce type, on visera principalement les SMAC (scènes de musiques actuelles) et les bars, boîtes de nuit, restaurants. Ces derniers se refusant, cependant souvent, à payer ces sommes ou à déclarer tout le monde.

Une autre possibilité est que tous les musiciens ne souhaitent pas être intermittents. Dans ce cas on peut faire un cachet pour un ou deux musiciens et les autres sont seulement, « défrayés » (terme poli pour dire qu’ils sont payés au black).

Souvent dans ce cas-là, le musicien intermittent prend moins financièrement (car une partie du cachet global paiera ses charges sociales) et sera indemnisé plus tard. Le problème étant, dans ce cas, qu’il gagnera peu d’argent sur l’ensemble des concerts et sera donc dans une forme de précarité.

À noter ici que les particuliers-employeurs emploient peu de groupes. Ou pas très fréquemment. Ils emploient plus souvent un ou deux musiciens.

Une dernière chose à noter : il est plus facile de trouver des contrats lorsqu’on fait des reprises que lorsqu’on joue des titres originaux. Je pense notamment aux musiciens du sud de la France qui a une grande culture du « bal ». En été, notamment avec les férias, les fêtes de village, etc.

Au nord les casinos emploient aussi régulièrement des groupes de reprises et parfois quelques groupes de compos, qui devront faire des reprises en plus, pour allonger le set. Il y a également les parcs d’attractions (parc Astérix, Disneyland).

Cas numéro 2 : Vous jouez seul ou à deux

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C’est un cas de plus en plus fréquent, même chez les artistes ayant beaucoup de succès. La technologie aidant, il est plus aisé de faire de bons concerts aujourd’hui seul, notamment avec les loops, l’informatique, etc.

Dans ce cas évidemment, les choses sont un peu plus simples : moins de matériel, moins de monde à rémunérer, la structure est plus légère donc plus agile. On peut se déplacer plus facilement, pour moins cher, se loger et ainsi de suite.

Il est également plus facile de trouver des particuliers-employeurs (il faudra utiliser le GUSO rappelez-vous), pour des anniversaires, mariages, soirées, etc.

Cas numéro 3 : vous êtes un requin dans un océan de musique

Un requin de studio ou de scène est une sorte de mercenaire qui loue ses bras et son savoir-faire en tant qu’instrumentiste pour différents artistes ou projets. En studio, il est également possible d’être rémunéré en cachets pour votre prestation.

Néanmoins, la généralisation des home-studio fait qu’ils sont de moins en moins nombreux et que la majorité des projets artistiques indépendants n’y font pas ou peu appel. Mais ça existe quand même et on peut toujours trouver ce genre de plan.

Mon expérience personnelle et mon avis sur ce régime

J’ai été intermittent du spectacle indemnisé pendant de nombreuses années, en tant que musicien. Mais pas que.

Car oui, c’est en réalité très difficile de faire la totalité de ses heures avec un seul projet musical, avec des compos. Sauf si vous avez la chance, et je vous le souhaite, de rencontrer un grand succès commercial avec vos propres titres. Auquel cas les choses sont plus faciles.

Dans mon cas, j’ai pu être un intermittent indemnisé en multipliant les projets et en portant toutes les casquettes précédemment citées. Compos, reprises, petits formations, plus grosses formations, évènementiel, enseignement, studio et tournées avec beaucoup de dates dans toute la France, pour des entreprises ayant du budget.

Il y a eu de très bonnes années et de bien moins bonnes. Ces années-là, bien souvent, j’allais « cachetonner » dans d’autres secteurs d’activité, cinéma, théâtre, publicité.

Il faut donc se préparer, si on entre dans ce régime à devoir aller parfois travailler en dehors de la musique pour faire ses heures. Et devoir se battre beaucoup, chercher tout le temps des nouvelles dates, créer un réseau, l’entretenir, se voir aussi opposer beaucoup de refus, et aller parfois vers des projets artistiques qui n’ont d’artistique que le nom, ou qui n’ont plus rien à voir avec la musique, par nécessité.

Le chemin des artistes est semé d’embûches et de difficultés, et ce particulièrement, depuis 2020.

L’intermittence du spectacle peut aider à mener son projet, mais elle comporte aussi ses pièges.

Quoi qu’il en soit, c’est un système unique, je crois, dans le monde, qui a le mérite d’exister dans le but de sortir les artistes de la précarité.

Ce sera à vous de voir et de décider s’il est fait pour vous et votre projet musical.

Bonne route.

 


Article rédigé par Anthony Delloye pour MarketingMusical.fr.

Anthony Delloye est un auteur/compositeur/interprète/multi-instrumentiste et producteur de musique avec 4 albums à son actif et plusieurs collaborations avec d’autres artistes dans plusieurs domaines artistiques. Il est également professeur de guitare à Paris à son compte et a enseigné à ICM Paris et à la Philharmonie de Paris.

1 commentaire
  1. Quand on commence l’intermittence, on est tous obligé d’avoir quelques petits “jobs alimentaires ” à temps partiel. Et surtout ne jamais baisser les bras…

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