1. Contexte et définition du terme « musique à l’image »
Avec l’avènement et l’essor du numérique et d’internet, la diffusion, la consommation et la production de contenus audiovisuels ont aussi évolué.
Comme contenus audiovisuels on peut citer en exemple : les films, les séries, les publicités et toute autre production associant plusieurs médias, dans sa forme la plus répandue : de l’image et du son.
La vidéo est donc aujourd’hui le format roi et sa diffusion ne se limite plus à la télévision depuis l’apparition des différentes plateformes digitales.
Cette mutation a permis d’accroître le volume des réalisations, offrant de nouvelles opportunités aux producteurs de contenus, et multipliant ainsi les possibilités de projets pour les créateurs de musique.
Le terme de “musique à l’image” désigne dès lors l’activité d’un créateur dont les productions musicales sont destinées à être synchronisées avec des images, on parle donc aussi de “synchronisation”.
A l’échelle mondiale, les chiffres du marché de la “musique enregistrée” confirment la place croissante de la musique à l’image (= synchronisation), dont le volume d’affaires a atteint les 500 millions de dollars en 2018.
Toujours au niveau mondial : en 2019 les revenus issus de la synchronisation affichent une croissance de +5,8% en comparaison de l’année précédente. (Source : IFPI)
En France la tendance suit la même ascension avec une croissance de +5,4% du marché total de la musique enregistrée, passant de 735 millions d’euros en 2018 à 772 millions d’euros en 2019.
Toujours pour la France, les revenus issus de la synchronisation ont eux aussi progressé, représentant 22 millions d’euros en 2018 et 23 millions d’euros en 2019. (Source : SNEP)
2. Les différents domaines d’applications et formats
Afin de préciser la liste des exemples précédemment cités, il est dans un premier temps pertinent d’identifier les canaux de diffusions utilisés :
- Télévision
- Web
- Cinéma
- Plateforme de vidéo à la demande (ex : Netflix, OCS, Prime Video)
- Jeu vidéo
- Événementiel
Voici une liste des types de formats / contenus / projets au sein desquels le créateur de musique à l’image peut s’intégrer, jouant un rôle essentiel dans le processus de production :
- Film (court, moyen, long métrage)
- Film d’animation
- Bande-annonce
- Diaporama
- Série, web-série
- Documentaire
- Interview
- Publicité
- Émission d’information, d’investigation, reportage
- Émission de divertissement
- Vlog, tutoriel, podcast, storytime, vidéo réaction, challenge
- Vidéo événementielle (ex : projection en mapping)
- Vidéo d’entreprise
- Jeu vidéo
3. Quel profil / prérequis pour faire de la « musique à l’image » ?
En synthèse le métier s’adresse aux créateurs souhaitant mettre leur musique au service de projets audiovisuels.
En termes de prérequis :
- Connaissances élémentaires en théorie musicale : rythme, mélodie, harmonie.
- Curiosité musicale.
- Expérience de la composition musicale.
- Maîtrise des outils de MAO (musique assistée par ordinateur) : DAW (digital audio workstation, ex : Ableton Live, Logic, FL Studio, Cubase), plugins et banques de sons.
- Goût du travail en équipe.
- Sensibilité à transcrire musicalement les attentes d’un projet.
A noter l’apparition relativement récente (début des années 2000) du métier de “superviseur musical” au sein des équipes de production audiovisuelle.
Son rôle combine plusieurs fonctions :
- Direction artistique musicale : exprimer et recommander des choix d’œuvres musicales préexistantes.
- Interlocuteur entre le / les créateur(s) de musique et l’équipe de réalisation du projet audiovisuel, en vue de modifications, d’adaptations des œuvres musicales.
- Négociation et gestion des droits musicaux.
4. Comprendre les besoins d’un projet et sa place au sein de celui-ci en tant que « créateur de musique à l’image »
Une des spécificités du métier qui en fait son attrait, tout autant que sa complexité : chaque nouveau projet est unique et il est primordial de systématiquement en comprendre les enjeux, ainsi que les rôles et les interactions entre les membres qui le composent.
A titre d’exemple, imaginez vous créer la musique pour la publicité web d’un restaurant de votre rue dans lequel vous avez l’habitude de déjeuner : le patron de l’établissement est votre unique interlocuteur, c’est lui qui valide votre proposition musicale et qui vous rémunère.
Le mois suivant, vous travaillez sur la bande originale musicale d’un court métrage commandé par une chaîne de télévision nationale, votre profil a été recommandé au réalisateur par son entourage, vous êtes en relation à la fois avec l’équipe de production et l’équipe de réalisation.
Ce sont deux typologies différentes de projets, pour lesquels il faut établir une cartographie détaillée, dédiée à chaque nouveau projet, ce qui permet d’avoir une vision globale et d’avancer avec efficacité dans les différentes étapes de la production.
Afin de constituer cette cartographie, ce guide, cette fiche d’identité, voici une liste de questions qui permettent de cerner au mieux un projet :
- Quelle est la nature du rendu attendu ? Autrement formulé : quels sont les besoins du projet concernant la musique ?
- Dois-je travailler seul ou en équipe ?
- Quelles sont les ressources disponibles pour ce projet ? Humaines, matérielles, fonctionnelles comme des documents de travail (exemples : planning, script, story board, scénario)
- En conséquence : quel est le temps de travail nécessaire estimé ?
- Qui est mon interlocuteur ? Y en a-t-il plusieurs ?
- Quel moyen de communication est à privilégier ? Format, fréquence ?
- Qui valide mon travail ?
- Quels sont les délais de rendu ? Les phases clés, le rétro planning du projet ?
- Comment et qui définit le budget me concernant ? Est-ce en phase avec le temps de travail estimé ?
- Qui me rémunère et comment ?
- Comment est contractualisé le projet me concernant ?
Voici un schéma qui illustre et complète les questions du “type de rendu” et du “travail ou non en équipe”.
Cet organigramme peut par exemple, de manière concrète, représenter les rôles et les interactions des différents intervenants dans le cadre de la production sonore d’une pastille vidéo “people” au sein d’une émission de divertissement à la télévision.
A ce stade il est aussi pertinent, au-delà de savoir qui est votre interlocuteur, de vous renseigner sur son parcours et ses précédentes réalisations.
Informez-vous également sur la structure au sein de laquelle il / elle travaille. Meilleure sera votre connaissance de leurs univers, meilleure sera l’adéquation de votre travail avec le projet.
On se place ici dans le rôle du compositeur qui doit donc répondre au besoin “créer de la musique pour habiller une pastille vidéo people”.
Le fruit de la création du compositeur sera ensuite confié au sound designer pour ajouter les effets sonores nécessaires (transitions, effets sonores en rapport avec les images…), qui remettra ensuite à la société de production le rendu de ce travail combiné, qui va elle-même faire appel à un mixeur son dont le rôle est d’homogénéiser l’ensemble des pistes audios (musique, effets sonores, voix off) et de calibrer la piste son pour l’associer à l’image en vue d’une diffusion sur la chaîne de télévision (= le diffuseur, ici le client dans notre exemple).
Dans ce cas de figure, le rôle du compositeur se “limite” à la création de la musique, pour d’autres schémas de projets, il est tout à fait possible, en fonction de vos compétences et de l’expression de vos attentes de réalisation auprès des personnes concernées au sein de la société de production et/ou de réalisation, de prendre en charge les autres étapes de la chaîne de production.
A l’inverse il est aussi possible que le rôle du compositeur se cantonne à faire une / des proposition(s) de mélodie(s), d’harmonie(s), qui seront ensuite confiées à un arrangeur, un beatmaker, pour intégrer d’autres éléments musicaux comme par exemple de la basse, de la batterie, des voix.
5. Les différentes étapes de production pour le créateur de musique à l’image
- Le brief créatif : cette toute première étape est capitale dans la réussite de votre production musicale, c’est ce document qui vous permet d’avoir une vision précise et détaillée des besoins ainsi que des aspirations de la personne à qui vous livrez votre musique. Voici les questions auxquelles le brief doit pouvoir répondre :
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- Quelle est l’audience du contenu produit ? Sexe, âge, CSP, centres d’intérêt ?
- Quel est l’objectif associé à la diffusion du contenu ?
- Y a-t-il des contraintes, des limites, des interdits ?
- Quel est le rôle, la prédominance de la musique dans le contenu ?
- Quel sentiment la musique doit-elle véhiculer ?
- Votre interlocuteur peut-il définir le besoin musical en termes de : tempo ou bpm, ambiance, instruments utilisés, genre musical, présence ou non de voix ?
- Le cas contraire : est-ce que votre interlocuteur est en mesure de vous communiquer des références musicales similaires au rendu attendu ?
- Durée de la musique ? Directives en termes de structuration du morceau ?
Plusieurs options : soit vos échanges préliminaires de visu, par téléphone, par mail, vous permettent de synthétiser par écrit ces informations, soit vous devrez solliciter votre interlocuteur pour les obtenir.
Là encore, généralement deux possibilités en fonction de vos habitudes et de celles de votre interlocuteur : soit lui demander de remplir un document formalisé par vos soins, ou alors organiser un échange pour les obtenir de manière moins formelle.
- La production de maquette : livrer un échantillon de plusieurs morceaux en test afin de confirmer que vous êtes aligné avec les besoins de votre interlocuteur en termes d’intention créative. Un mixage finalisé n’est pas ici nécessaire, des mises à plat suffisent, même remarque concernant la structure : une courte introduction pour amener le drop, le climax du morceau où l’on entend l’ensemble des éléments musicaux et sonores.
Cela peut être effectué en home studio avec un logiciel MAO.
Autre éventualité, et pour rejoindre le point évoqué dans la partie précédente, les maquettes peuvent prendre la forme de propositions de thèmes musicaux : les mélodies, les harmonies pouvant être jouées et enregistrées au piano, à la guitare, au synthétiseur ou tout autre instrument permettant de transcrire intelligiblement vos intentions créatives musicales.
- La production du morceau ou catalogue final : une fois les maquettes validées, vous pouvez lancer la création des versions finales des morceaux en tenant compte des informations du brief. Vos productions doivent donc être structurées, mixées et masterisées (par vos soins ou par un studio, en fonction des ressources disponibles pour le projet).
Cette phase de création musicale peut, en fonction des choix et impératifs des équipes de réalisation et de production, intervenir, à l’échelle globale du projet, soit en préproduction, soit pendant la production, soit en postproduction, ce qui vous permettra ou non d’avoir accès au contenu visuel du projet (partiel, en cours de travail ou finalisé) pour composer.
En fonction de vos expériences acquises sur différents projets, vous pourrez identifier le timing avec lequel vous vous sentez le plus à l’aise et efficace, il faut néanmoins être dans la capacité de créer de la musique sans forcément avoir à disposition les images.
- Le retravail : si cette phase n’est pas systématique, il est néanmoins conseillé de le prendre en compte pour l’estimation de votre temps total de travail. Cela permet si besoin d’adapter la musique en fonction d’autres contraintes rencontrées lors de la production globale du projet.
6. Les différentes façons de produire de la musique à l’image
- L’environnement : de la même manière que les maquettes peuvent être créées en home studio, il est aussi envisageable de procéder ainsi pour les versions finales. On privilégiera bien sûr la création en studio professionnel si les ressources du projet le permettent.
- Les différents moyens de création musicale :
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- La musique assistée par ordinateur (MAO) grâce à l’utilisation de logiciels de création musicale (Ableton Live, Apple Logic Pro, FL Studio, Cubase) et de plugins (d’effets servant au traitement audio et d’émulation d’instruments) permet de produire des morceaux d’excellentes qualités.
- L’utilisation de samples (en français échantillon sonore) : soit issus de bibliothèques dédiées libres de droits (exemple : Cymatics), soit issus d’œuvres préexistantes dont l’utilisation devra dans ce cas être “clearée” (négociation des droits d’utilisation avec les ayants droits)
- La session d’enregistrement en studio avec des instrumentistes, des vocalistes. Plusieurs options possibles et combinables si besoin : soit l’enregistrement live d’un groupe ou d’un orchestre sur la base de l’écriture des partitions musicales de chaque morceau, soit l’enregistrement séparé de chaque instrument, ce qui vous permet autrement dit de créer une bibliothèque audio unique dédiée à la création du projet.
Conseil : exercez-vous sur des contenus audiovisuels déjà existants dont vous allez recréer le contenu musical en n’utilisant que la partie visuelle, tout est bien sûr possible : publicités, films, bandes-annonces.
Vous pouvez faire l’exercice sur des contenus dont vous connaissez déjà la musique originale et cela peut aussi s’effectuer “à l’aveugle” en utilisant des contenus visuels sans avoir volontairement et préalablement entendu la musique originale, vous pourrez ainsi ensuite comparer votre création musicale à celle produite initialement pour le projet.
C’est par ailleurs un excellent moyen d’alimenter votre bande démo pour communiquer auprès des professionnels et faire connaître votre travail.
En synthèse de ce sujet “la création de musique à l’image” :
- La connaissance du métier est essentielle : fonctionnement du marché, notions théoriques et savoir-faire, évolutions des techniques et des tendances musicales.
- Votre capacité d’adaptation est un atout précieux : il est capital de connaître vos interlocuteurs, leurs rôles au sein de l’équipe du projet, et de comprendre leurs besoins, leurs objectifs, leurs modes de fonctionnements.
Cet article a été rédigé par Jonathane Driol pour MarketingMusical.fr
Jonathane est originaire de la Champagne, il a grandi à Reims et découvre la musique au collège en jouant de la guitare dans un groupe de métal. Il déménage à Paris en 2010, découvre le DJing, la MAO et forme le duo CARBON KEVLAR avec lequel il compose les musiques de la série BREF sur Canal+. Installé depuis 2016 à la Réunion, il continue de créer de la musique pour des projets variés en métropole (série, publicité, court métrage, émission tv, reportage), collabore avec des artistes de l’île et remporte en 2019 la 1ère place du 100Kontest Beatmaker. Il considère la musique comme un élément essentiel, constitutif de la qualité et de la réussite d’un projet audiovisuel dans son ensemble.




