Aujourd’hui je vais quitter les affres du rap business pour revêtir la casquette du technicien son. Cet article sera consacré au mixage de la voix, élément principal dans la plupart des musiques actuelles.
La voix, cet instrument pas comme les autres
Quel que soit le type de musique que vous allez mixer, la voix reste l’élément le plus important.
Il faudra lui accorder une attention toute particulière, pour traiter les kicks par exemple on aura souvent la même approche tandis que chaque voix est unique. Il faudra s’adapter au contexte du titre, au style, au timbre ainsi qu’à l’interprétation.
Pour ma part, j’aborde le mixage d’un titre comme un jeu de question-réponse : Qu’est-ce que le morceau m’inspire ? Qu’est-ce que l’interprète a voulu transmettre ? Le titre est Cloud Trap ?
Il est évident que l’on sera dans une ambiance plutôt planante avec une de prépondérance de la reverb, du delay.
On est sur morceau Pop hyper produit ? On aura tendance à vouloir une voix présente avec de la brillance et de la chaleur, cette fois on accordera beaucoup d’attention à la compression et l’égalisation.
Autant de questions qui vous permettront d’élaborer une stratégie de mix cohérente, de choisir un effet plutôt qu’un autre.
Le morceau de référence
Avoir un morceau de référence peut grandement vous aider dans votre réflexion. Choisissez un titre qui sera similaire au résultat escompté pour votre mix, vous pourrez ensuite faire la comparaison.
Cela vous permettra d’avoir de bons repères pour pas mal de paramètres tels que l’équilibre spectral ou la dynamique.
Trier
De nos jours les ordinateurs nous permettent d’avoir de grandes capacités de stockage.
Cette aisance dans notre manière de produire nous offre le luxe de faire des prises à souhait (à l’époque les supports d’enregistrement coûtaient une fortune !).
Ce qui va nous donner la possibilité de faire ce que l’on appel du “comping“, c’est-à-dire de faire la sélection des meilleurs passages afin d’obtenir le couplet parfait, j’effectue généralement 5 prises du même couplet afin d’avoir de la matière.
On fait du nettoyage
Cleaner vos sources du mieux possible, supprimez les clics et autres bruits parasites. Il existe plusieurs méthodes pour nettoyer les silences, soit en coupant les passages vides dans les fichiers audios, soit en appliquant un Gate sur votre piste.
Certains back vocals* ne seront sans doute pas calés, vous pouvez le faire à la main ou utiliser des plugins tel VocAlign qui feront très bien le job.
Il y a également la question de la justesse, si nous devons traiter une voix chantée, il va falloir peut-être corriger certaines faussetés.
Si vous connaissez la tonalité du titre, vous pouvez agir sur l’ensemble du signal avec des pitch correctors* comme le célèbre Auto -Tune d’Antares ou le Waves tune real-time ou agir chirurgicalement sur chaque syllabe avec un soft du type Melodyne.
Back vocal : voix de renfort (chœurs)
Pitch corrector : Correcteur de tonalité
I – Les effets d’insert
Les effets d’insert se placent directement sur la chaîne de signal de votre piste.
Le son passera au travers de tous les effets que vous lui appliquerez, à choisir quand vous n’avez pas besoin de faire un mix entre le son dry (le son d’origine) et le son wet (le son traité).
Concrètement vous allez y mettre les effets fréquentiel (EQ) et Dynamique (Compresseur, De-Esser, Gate).
Saturation et distorsion harmonique #1
Outil redoutable pour rajouter du contenu harmonique, je place en tout début de chaine le plugin Waves NLS Channel qui est une émulation de consoles analogiques (SSL, EMI, Neve).
Il peut être très intéressant d’apporter de la richesse à son signal dès le début du mix.
Pas de panique si vous n’avez pas ce plugin, presque tous les DAW* possèdent leur saturation et distorsion maison, il existe également des softs gratuits comme le Soft Tube Saturation Knob ou le Klanghelm IVGI.
DAW : Digital audio Workstation, traduit en Français par station de travail audionumérique (STAN)
L’Égalisation corrective
L’égalisation corrective est le procédé qui consiste à retirer ou atténuer les fréquences indésirables d’un enregistrement (bruit de fond, les “S“ ou les “P“ trop présents).
Cette étape est d’autant nécessaire lorsque l’on enregistre dans un environnement qui n’est pas bien traité acoustiquement.
Pour cette étape je vous conseille de bosser avec un égaliseur paramétrique, ce sont ceux qui vous permettront d’avoir un total contrôle de la fréquence, du gain et de la largeur de bande de votre égalisation (le Q).
Personnellement j’aime beaucoup le Fabfilter pro-Q 3, mais pour cette étape les EQ natifs de vos logiciels seront Largement suffisants.
Ne vous fiez pas bêtement à l’analyseur de spectre, mixez avec vos OREILLES et non avec vos yeux !
Je vous recommande vivement d’égaliser votre voix en contexte avec les autres instruments, car il est hyper important d’avoir cette interrelation entre les éléments.
Beaucoup de gens font l’erreur d’égaliser les éléments en solo puis se retrouvent avec des résultats peu concluants une fois le tout mis ensemble !
Attention, ce ne sont que des indications, ne faites pas des cuts ou des boosts bêtement aux fréquences que je vais vous indiquer !!
- Low cut (coupe bas) : On va généralement mettre un filtre coupe bas entre 75-120 Hz avec une pente de 18db par octave selon le type de voix pour éliminer les basses fréquences indésirables comme le bruit de fond ou les plosives gênantes. Ces valeurs sont indicatives, dans certains contextes vous serez peut-être appelés à creuser plus ou moins.
- La zone du quitte ou double : Elle se trouve généralement aux alentours des 100-150 Hz. Pourquoi je la nomme ainsi ? Selon la nature de prise, soit on y trouvera ce que nos amis anglophones appellent la “boominess“ une espèce d’énergie qui va rendre votre son un peu voilé soit on aura ce que j’appelle le “corps“ de la voix, des harmoniques qui au contraire vont donner de la richesse, une certaine chaleur qui va donner une assise à votre voix.
- Sors de ce placard ! : Nous nous trouvons dans la zone des bas médiums entre 300-600 Hz. Dans cette zone on trouvera souvent des fréquences inhérentes à l’acoustique assez dérangeantes, l’effet “boite en carton ou enfermé dans le placard“. À vous d’effectuer un balayage des fréquences et voir là où se situe le souci. Je vous conseille de faire une atténuation de -2db max et avoir un facteur assez large et là votre monde deviendra bien plus clair !
- A vue d’nez : Si votre artiste a beaucoup de résonnance nasale, c’est entre 800-2kz que se situe le problème. Identifiez la fréquence nuisible en faisant un balayage de fréquence. Boostez cette zone d’une quinzaine de dB avec Q serré (Eh oui), écoutez ce qui se produit lors du balayage, vous devriez entendre ce côté nasillard s’accentuer à un endroit. Une fois la vilaine fréquence trouvée, atténuez-la d’au moins 2dB.
- Les sibilances : Souvent certaines consonnes vont paraitre agressives, surtout les « S ». Cette zone se trouve entre les 5-10kHz. Ici il ne sera pas chose aisée de les supprimer, car creuser de manière drastique et permanente altèrera à coup sûr votre signal. La solution est d’appliquer un De-Esser que je mets généralement après.
Le De-Esser
Le De-Esser est un outil qui permet de réduire les sibilances, provenant généralement des consonnes “S”, mais fonctionne aussi sur les syllabes en “Ch“, “T“, “F“ ou plus rare les “Z“.
On peut le voir comme compresseur qui agit sur une plage de fréquence donnée avec un seuil de déclenchement donné. À vous d’identifier la plage de fréquence qui pose problème.
La Compression (en série)
C’est une étape très importante, la compression permettra de réduire l’écart entre les niveaux les plus faibles et les plus élevés de votre voix, ce qui permettra d’en améliorer son intelligibilité.
J’utilise fréquemment deux compresseurs, surtout dans les contextes de musique urbaine. Le premier me servira à contrôler les peaks* du signal (les niveaux les plus forts) et le deuxième à niveler l’ensemble pour une meilleure intelligibilité.
Si votre voix lead comporte des passages assez nuancés, je préconise de faire un petit gain staging* avant de passer à la compression, à savoir ajuster phrase par phrase (on peut même aller au mot à mot) le niveau de votre voix afin de permettre au compresseur de travailler plus harmonieusement.
Pour cela vous pouvez utiliser une automation ou appliquer un plugin comme l’Auto gain de chez Hornet ou le Waves vocal rider.
Attention, la compression est une étape importante, mais pas quasi obligatoire. Soit une compression a déjà été appliquée lors de l’enregistrement ou que tout simplement le contexte musical ne s’y prête pas.
Une fois encore il va falloir agir en contexte La quantité de compression que vous allez appliquer ne sera pas la même pour toutes les voix.
Peak : Niveau le plus élevé d’un signal, crête en Français
Gain staging : Mettre le son au bon niveau
1er compresseur
Le premier compresseur doit agir plutôt rapidement afin de contrôler les crêtes, n’importe quel compresseur fera l’affaire quoique j’affectionne beaucoup les émulations du 1176 que ce soit chez Waves ou UAD
- Ratio : est le taux de compression que vous allez appliquer, il s’exprime en X :1, plus le X sera grand, plus votre signal sera compressé. Il variera en fonction du contexte, mais partons pour un 4 :1 c’est une bonne base.
- Threshold (seuil) : C’est le niveau à partir duquel le compresseur va agir. Dans notre cas, il faudra le régler pour obtenir une réduction d’environ 3 à 5db.
- Attaque : L’attaque est la vitesse avec laquelle le compresseur va agir. Réglez-le en moyennement rapide (entre 15 et 30 ms) afin de laisser les transitoires passer sans pour autant dénaturer le son.
- Release (relâchement) : Temps que votre compresseur va mettre pour se relâcher, ici il faudra être très rapide (<1ms) pour avoir le temps de compresser tous les peaks.
2ème compresseur
Le deuxième compresseur nous permettra de façonner notre son, lui donner un peu plus de caractère ainsi que le niveler. Ici il sera judicieux d’utiliser un compresseur qui “colore“ type émulation de LA2A, Fairchild 610, Tube Tech CL 1B, etc.
- Ratio : 3:1 c’est une bonne base à affiner selon le contexte.
- Threshold : le régler pour obtenir une réduction d’environ 3 dB tout au plus.
- Attaque : moyenne (entre 30 et 50 ms)
- Release : Moyen (entre 30 et 50 ms). Grosso modo le relâchement doit être effectué entre chaque syllabe, l’aiguille de votre compresseur doit bouger au rythme des paroles.
L’EQ de coloration
Ici il n’y a pas vraiment de règle si ce n’est de pas trop en faire. N’hésitez pas à vous aider de votre titre de référence pour affiner votre EQ.
Comme avec le deuxième compresseur, on va plutôt se diriger vers des émulations d’égaliseur type SSL, API, Tube Tech.
Généralement à ce stade il sera question d’embellir votre voix, lui donner de “l’air“ en boostant la zone des 8-16kHz.
Il peut être pertinent de remonter les basses fréquences (100-150Hz). Je regarde ce qui se passe dans les médiums et si besoin est, je les taille un peu, tout cela subtilement 1 voir 2dB de boost ou de cut suffiront. Bien entendu tout cela se fait en contexte !
Saturation et distorsion Harmonique (round 2)
Pour finaliser le mix, je vais rajouter une deuxième couche de saturation, mais cette fois-ci je vais procéder par bande soit avec le Fabfilter Saturne ou l’Ozone Harmonic exciter.
De manière subtile je vais saturer l’ensemble du spectre afin de donner plus de présence à la voix.
II – Les effets Send
Les effets Send s’ajoutent sur des pistes auxiliaires ou dans les DAW sur des pistes qui leur sont dédiés (pistes FX) puis on y envoi (send en anglais) le signal que l’on va traiter. Ce qui permet d’avoir un contrôle sur le taux d’effet que l’on veut appliquer.
La reverb
Choisissez la reverb qui conviendra le mieux à l’ambiance que vous voulez apporter à votre titre.
Vous pouvez vous amuser à trifouiller les différents paramètres, je pars généralement d’un preset que j’affine ensuite. Je peux néanmoins vous donner quelques conseils;
Mettez toujours votre reverb en send dans un auxiliaire plutôt qu’en insert directement sur la piste, cela vous permettra d’avoir une meilleure gestion du taux de reverb que vous appliquerez.
Insérer un Eq avant et filtrer les bas (n’excédez pas les 400Hz) et les hautes (dans la zone des 4kHz max) cela évitera de faire résonner les basses fréquences qui masqueront votre mix et d’accentuer les éventuelles sibilances.
Opter pour un temps de early réflexion* pas trop court (dans les 90 m/s) pour éviter que la voix soit noyer dans la reverb.
Early réflexion : première réflexion, ce sont les premiers rebonds du son sur les parois, et donc ceux qui vont nous parvenir en premier
Le delay
Il est souvent intéressant d’intégrer du delay à votre voix (le delay c’est l’écho en français, que beaucoup confonde avec la reverb). L’utilisation de delay très court type slapback delay peut s’avérertrès efficace pour donner de la largeur à votre voix.
Pour cette technique n’importe quel plugin de delay suffira, la seule condition est qu’il soit stéréo.
- Commencez par égaliser le delay avec un low cut (jusqu’à 300-400Hz) pour éviter un effet boueux, vous pouvez également filtrer les aigus, à votre convenance.
- Réglez le même temps d’écho très court (entre 50-150 ms) sur le côté gauche et droit
- Créer un très léger décalage sur l’un des côtés (allongez-le d’environ 50 ms).
- Un feedback à 0%, mais en rajouter peut apporter une certaine saveur.
Pour donner plus de relief à votre delay, vous pouvez lui appliquer un flanger, ceci aura pour effet de donner du mouvement à votre delay.
Le chorus
Le chorus va élargir l’image stéréo de votre voix. Il est très intéressant de l’utiliser pour épaissir le son notamment sur les refrains.
Il est aussi très courant d’utiliser un plugin dédier, mais vous pouvez également utiliser des pitchs shifter qui à mon gout on un effet plus transparent.
Voilà les amis, vous savez pas mal de chose pour pouvoir améliorer vos productions, rappelez-vous d’une chose : Less is more !
Ne bourrinez pas sur le niveau de vos effets, mais allez-y par petites doses, chaque plug doit avoir un rôle précis, mieux vaut utiliser deux compresseurs pour faire deux choses différentes qu’un seul.
N’hésitez pas à vous exercer, donner libre cours à votre créativité et vous verrez de fil en aiguille vos mix gagnerons en assurance et en professionalisme.
Cet article a été rédigé par Gilbert Baluga pour MarketingMusical.fr
Tour à tour artiste, ingénieur du son, réalisateur artistique puis éditeur, Gilbert est ce que l’on appelle un véritable Slasheur. C’est en 1999 qu’il débute sa carrière en tant que rappeur au sein du groupe « Soldat du mic ». Très vite son appétence pour la production le pousse à explorer d’autres domaines de l’industrie de la musique, il réalise alors des clips et touche à la sonorisation.
Il intègre en 2005 le label Névralzyk et collabore avec différents artistes dont Seth Gueko, Sefyu, Ol’kainry, ou encore Mokobé. Il multiplie les expériences jusqu’à être auréolé en 2010 d’un triple disque de platine pour sa contribution en tant que compositeur au premier album de la Sexion d’assaut, « L’école des points vitaux ».
Riche de ces multiples casquettes, Gilbert met son expérience au service d’artistes en devenir et fonde le label Juste une note. Il signe notamment les génériques des émissions Destination glisse et Riding Zone diffusées sur France 3.








