Vaste sujet que celui du mixage ! Vos chansons préférées regorgent de techniques de production plus ou moins conventionnelles, et si vous vous décidez à franchir le pas et à vous initier à la MAO (Musique Assistée par Ordinateur), vous pouvez être tiraillé entre la nécessité de respecter l’aspect purement technique et la tentation d’explorer tous les outils à votre disposition.
Et vous auriez raison de ne pas trancher, car un mixage réussi est souvent le fruit du mélange de ces deux méthodes : la technique s’acquiert avec le temps, mais il est important de toujours laisser leur chance aux tentatives hasardeuses qui amènent parfois de bonnes surprises !
Regardons de plus près les bases du mixage, les premiers automatismes à adopter et la place qu’il faut laisser à l’imprévu.
Éditer ses pistes et nettoyer votre session : le premier réflexe à avoir
Le premier réflexe à avoir avant de rentrer dans le vif du sujet, c’est celui de nettoyer vos pistes !
Dans une époque désormais lointaine où l’on travaillait sur des enregistreurs analogiques, c’est-à-dire sur des bandes magnétiques, il était difficile de retoucher les pistes une fois qu’elles étaient enregistrées.
Il était donc très important de faire des prises parfaites, et si besoin était de corriger un défaut, il fallait alors se lancer dans un fastidieux travail de découpage et recollage des bandes manuellement.
Sur ce point, l’arrivée des technologies numériques et informatiques a permis une flexibilité et donc une nouvelle façon de travailler : on peut désormais corriger à peu près tous les défauts d’une prise — sauf évidemment sa qualité de signal, ça ne s’invente pas !
Évidemment, il faut avant tout que ça vous convienne, les questions de mise en place ne regardent que vous ! Quoi qu’il en soit, tous les DAW contiennent des outils de découpage et de recalage si vous avez besoin de replacer quelques notes par-ci par-là. Pour ce qui est du nettoyage, il consiste tout bonnement à retirer les parties des pistes où elles ne jouent pas.
En effet, si on prend l’exemple d’une voix, on se rendra compte bien souvent en l’écoutant en solo qu’on entend légèrement ce qui se passe dans le casque au moment de la prise : n’hésitez pas donc à effacer ou désactiver les parties de la piste où la voix ne chante pas, ce qui vous permettra de gagner en propreté et donc en confort d’écoute.
C’est également à ce moment-là que vous pouvez faire ce qu’on appelle une mise à plat, ou un prémix, en commençant déjà à ajuster vos volumes en fonction de ce que vous avez envie de faire ressortir ou de laisser un peu en retrait.
Enfin, on ne saurait que vous conseiller de bien ranger votre session. Une session ordonnée, c’est la clé pour s’y retrouver facilement et il existe plusieurs méthodes :
- Ranger les instruments par groupes (faire un groupe batterie, un groupe voix, etc.)
- Bien les nommer et trouver un ordre qui vous est propre
- Leur attribuer un code couleur qui vous permettra de savoir visuellement à quels instruments correspondent vos pistes
Une fois que la session est bien nettoyée et rangée, elle devient instantanément plus lisible et on peut donc plus facilement aller vers les profondeurs du mixage.
Trouver la place de chaque piste dans le spectre
Chaque instrument a une place particulière à trouver dans le spectre de fréquences. Le but n’est pas de remplir ce spectre à tout prix : en fonction du style de votre chanson et de son instrumentation, certaines zones du spectre seront plus ou moins convoitées.
Il est donc important de trouver une place pour chaque instrument dans le spectre, car plus vous utiliserez d’instruments situés au même endroit, plus vous aurez la sensation que votre chanson sonne brouillon. C’est tout à fait normal, car les pistes se chevaucheront à tour de rôle pour prendre le premier plan et aucune n’y parviendra vraiment.
Pour ce faire, on utilisera généralement ce qu’on appelle des EQ (equalizer) sur les pistes, qui permettront de booster certaines fréquences et d’en atténuer d’autres. Une guitare par exemple se situera en général entre 80 Hz et 1,3 kHz : en dessous, vous ne trouverez que des bruits parasites et au-dessus des harmoniques.
Vous pouvez donc mettre un coupe-bas pour retirer les fréquences graves indésirables, gonfler ou atténuer certaines fréquences selon ce que vous souhaitez faire ressortir, et rester attentif à ses harmoniques dans les aigus qui peuvent parfois être agressives.
Ainsi, la guitare laissera d’office plus de place aux autres instruments pour s’exprimer dans leur partie fréquentielle, et ainsi de suite. À noter que vous pourrez trouver de nombreuses infographies vous permettant de savoir sur quelles plages de fréquences les instruments se situent.
Ensuite, on utilisera souvent des outils de dynamique (compresseurs, limiteurs, etc.) pour donner du relief aux pistes. Une grosse caisse ou un kick par exemple, gagnera facilement en présence grâce à l’utilisation d’un compresseur, et ce même si une basse ou un synthé basse se balade sur les mêmes fréquences.
Au fur et à mesure, l’utilisation de compresseurs vous permettra de trouver la place que vous voulez attribuer à vos pistes, et vous pourrez alors continuer à équilibrer les volumes de vos pistes en fonction de ces traitements.
Enfin, certaines pistes se trouveront au même endroit, c’est logique et inévitable : si vous enregistrez plusieurs voix en chœur par exemple, ou si vous utilisez plusieurs sons de synthés proches.
À vous de faire des choix en fonction de ce que vous souhaitez entendre, il n’est pas forcément nécessaire de réduire votre nombre de pistes, surtout si vous avez envie d’inclure tous ces sons, et une autre des solutions se trouve dans la spatialisation !
La spatialisation : un élément essentiel pour la clarté de votre mixage
Il y a plusieurs façons de créer une spatialisation. Le but étant de faire sonner le tout ensemble et de trouver une cohérence, un son global, on peut pour commencer miser sur la panoramique.
En effet, vous avez peut-être déjà remarqué que si vous écoutez une chanson avec seulement l’écouteur gauche, puis ensuite avec seulement l’écouteur droit, vous n’entendez pas exactement la même chose : c’est le principe de la stéréo.
La panoramique consiste à placer votre piste à un endroit précis de cette stéréo : les éléments principaux de votre chanson (voix lead, kick, basse) auront certainement besoin de rester relativement centrés pour ne pas déséquilibrer le mixage, tandis que d’autres éléments trouveront plus facilement leur place en étant légèrement décalés (on dira souvent « pannés ») sur la gauche ou la droite.
Prenons l’exemple d’une chanson de rock dans laquelle on retrouvera une batterie, une basse, une guitare et du chant.
Si on cherche à la mixer de façon « conventionnelle », on fera comme si on se trouvait face au groupe sur scène : si le guitariste joue à droite face à nous, on le placera donc à un peu plus à droite dans les enceintes, de même si ledit guitariste fait des chœurs on aura tendance à les placer à droite également.
En ce qui concerne la batterie, pour lui donner de la largeur il est important de panner complètement les overheads, c’est-à-dire de mettre l’overhead gauche complètement à gauche, et celui de droite complètement à droite. Pour les micros de proximité, on peut faire un dégradé pour les toms, placer la caisse claire légèrement à droite, etc.
Mais ce n’est pas une vérité générale. Si vous avez envie d’être moins conforme et de jouer avec cette stéréo, libre à vous ! Les Beatles à leur époque, accompagnés de leur ingénieur du son — qui faisait quasiment office de 5ème membre créatif — George Martin, se sont essayés à pas mal d’excentricités : la batterie seule à gauche et tout le reste à droite, des instruments qui passent d’un côté à l’autre en cours de chanson…rien n’est interdit !
Une autre possibilité pour spatialiser se trouve dans l’utilisation de la réverb et des delays. Le plus souvent, les effets basés sur le temps sont utilisés dans ce qu’on appelle des bus, c’est-à-dire dans une tranche vide qui contient ces effets, et dans laquelle on envoie le signal d’une piste audio.
Par exemple, on peut utiliser une réverb assez courte, qui contribuera à créer une ambiance de pièce, et dans laquelle on enverra simultanément un peu de caisse claire, un peu de guitare et un peu de voix. Puis dans un autre bus on peut utiliser une réverb plus longue, et dans laquelle on enverra également la voix, ce qui aidera à la maintenir au premier plan.
Faire des choix de production pour donner de la personnalité à votre chanson
Dernière étape, mais non moins importante puisque c’est celle qui donnera toute sa personnalité à votre chanson : la partie dite créative. Nous parlions un peu plus haut d’excentricités, et le moment est venu, lâchez-vous !
Saturation sur la voix lead, delays interminables, effets de modulation (flanger, chorus, phaser) sur l’ensemble du mix le temps de quelques secondes, filtre sur la batterie sur un couplet…encore une fois vous avez le droit de vous laisser aller à toutes les audaces.
Réécoutez bien les chansons que vous aimez, et vous remarquerez que souvent les choix de production ont été déterminants pour vous permettre de les apprécier.
Pour cette partie, il est indispensable de faire appel à votre curiosité, car c’est en prenant des risques qu’on tombe parfois sur un heureux hasard. Ne vous inquiétez pas, car rien n’est irréversible et si le résultat ne vous convient pas, vous pourrez toujours désactiver l’effet en question et revenir instantanément en arrière.
Les plugins d’effet, qu’ils soient incorporés à votre logiciel ou externes, sont souvent dotés de préréglages (qu’on appelle aussi des presets) destinés à gagner du temps : vous pouvez partir d’un preset pensé pour une voix, puis modifier ses réglages jusqu’à ce que vous soyez satisfait du rendu.
Et pour cela, il ne faut pas vous brider, car il arrivera parfois qu’un preset fonctionne étrangement bien sur une de vos pistes alors que rien n’indiquait qu’il était pensé pour ce genre de traitement. Faites confiance à votre oreille, le but est simplement que votre mixage sonne comme ce que vous aviez envie d’entendre, peu importe le chemin que vous choisirez pour y parvenir.
Finaliser votre mix : les dernières retouches avant de passer au mastering
Maintenant que vous avez donné une couleur unique à votre chanson et que vous êtes proche de votre résultat final, il ne reste que quelques retouches à faire pour terminer votre travail. Pour ce faire, il est important de prendre du recul.
N’hésitez pas à laisser reposer votre session et par la même occasion vos oreilles, car quand on passe trop de temps concentré sur une chanson, le risque est de ne plus se rendre compte de défauts flagrants qu’on aurait laissé trainer, et que l’on remarquera immédiatement en réécoutant notre mixage après une petite période de repos.
Cette écoute un peu plus fraiche vous permettra donc de réajuster vos derniers volumes, certains traitements trop prononcés — ou au contraire pas assez — et il sera enfin temps de finaliser votre mixage, car l’important est aussi de savoir s’arrêter au bon moment !
Vous aurez toujours de nouvelles idées et de nouvelles envies, à vous de savoir y mettre un terme quand vous serez enfin parvenu à un résultat proche de ce que vous aviez en tête au départ.
Il sera donc temps de passer au mastering, qui constitue en quelques sortes le lissage, la couche de vernis définitive, et qui est une étape la plupart du temps réalisée par des professionnels, car elle relève d’une technique autrement complexe que le mixage — bien que le mastering en ligne ou homemade se démocratise petit à petit.
https://www.youtube.com/watch?v=6Ttrk7s25r4
Conclusion
Gardez bien à l’esprit qu’un mixage est toujours subjectif : c’est une question de goût. S’il est utile de le faire écouter à des personnes tierces pour recueillir des avis, ils ne doivent toutefois pas vous faire renoncer à des choix importants.
C’est votre chanson, votre mixage et c’est donc important que le son global que vous imaginiez pour votre chanson prévaille sur les idées reçues qui pousseront parfois quelqu’un à vous conseiller de renoncer à des choix artistiques. En bref, faites-vous confiance et foncez !
Cet article a été rédigé par Jean-Baptiste Caterino pour MarketingMusical.fr
Jean-Baptiste Caterino est musicien depuis son plus jeune âge. D’abord violoniste classique, il se passionne pour la guitare électrique et forme ses premiers groupes de rock à l’âge de 13 ans. Après être passé par l’école de musiques actuelles ATLA de laquelle il sort diplômé en chant-guitare et avoir multiplié les participations à divers projets, il se consacre à Bei-Jing, son projet personnel orienté rock-électro.






