Le Musicpreneur : Définition et Enjeux d’une Révolution de l’Industrie Musicale [Partie 1/2]

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De plus en plus de musiciens comprennent qu’il est aujourd’hui nécessaire de considérer leur projet musical comme une véritable startup.

Ainsi, est apparu récemment le terme « Musicpreneur » dans le but de désigner ces artistes prenant pleinement en mains leur business musical.

Le musicien-entrepreneur peut-il sauver l’industrie de la musique ? Va-t-on réellement vers une montée en puissance des Musicpreneurs ? Quelles en seraient les implications ?

C’est ce que nous allons voir dans cet article en deux parties, dédié à cette révolution de l’industrie musicale.

C’est quoi un « Musicpreneur » ?

Comme vous pouvez vous en douter, le terme « Musicpreneur » est la contraction des mots « musicien » et « entrepreneur ».

Il est apparu pour la première fois en 2012 (notamment à travers le travail de Jamie Leger), avant d’être repris et popularisé par Tommy Darker, un musicien, influenceur et auteur londonien d’origine grecque connu pour ses Darker Music Talks (des conférences « à la TED » traitant de l’industrie musicale).

Ce dernier a énormément théorisé la nature de ce statut et se décrit lui-même comme étant un Musicpreneur. Mais de quoi parle-t-on concrètement ?

Le terme « Musicpreneur » désigne un musicien polyvalent qui gère à la fois les dimensions artistiques et entrepreneuriales de sa carrière.

Le Musicpreneur considère son projet musical comme une véritable entreprise, sans pour autant délaisser l’aspect artistique.

Et pour cause, aujourd’hui on ne vend plus de musique comme on le faisait il y a seulement 50, 20 ou même 10 ans en arrière. On est passé d’une industrie où il existait un modèle prédominant donnant la part belle aux intermédiaires, à un marché éclaté permettant une multitude de modèles économiques.

Dans un écosystème en pleine mutation (pour ne pas dire en crise), c’est aux musiciens que revient la charge de développer les compétences nécessaires pour faire marcher leur business musical.

Le musicien doit être son propre label, son propre manager, son propre attaché de presse avant de se faire remarquer. Il a besoin de gérer une équipe impliquée et de s’organiser telle une vraie entreprise.

A l’inverse, un musicien qui se contente de faire de la musique et qui refuse l’aspect commercial de sa carrière est condamné à ne jamais se professionnaliser.

À ce titre, il doit s’inspirer largement du développement éclair des startups pour minimiser les risques. Comme un startuper, le Musicpreneur :

  • Ne cherche pas la perfection, mais s’améliore à chaque itération grâce au feedback
  • Se forme, teste, mesure, apprend, avant de viser une plus grande échelle
  • Diversifie son activité afin de générer plusieurs sources de revenus
  • Optimise constamment son business model et fait preuve de souplesse

Avec de bonnes raisons puisque la question du business model (ou modèle économique en français) est au cœur du débat : comment un musicien peut-il pérenniser son projet ?

Pour cela, le Musicpreneur est invité à prendre du recul sur sa stratégie, par exemple en utilisant le Business Model Canva, mis au point par Alexander Osterwaler et Yves Pigneur en 2010, un outil astucieux servant à simplifier la compréhension de n’importe quel modèle économique.

business model canva musicpreneur

Cela permet à un musicien d’analyser l’ensemble de son activité, de tester de nouvelles tactiques et d’innover. Un Musicpreneur doit y identifier :

  • Sa proposition de valeur : que donne l’artiste en échange de la valeur qu’il reçoit ?
  • Son audience et ses clients : à qui s’adresse le business de l’artiste ?
  • Ses sources de revenus : comment l’artiste génère-t-il des revenus ?
  • Sa structure de coûts : quelles sont les différentes dépenses inhérentes au modèle ?
  • Ses principaux canaux de communication : quels supports utiliser pour communiquer avec son audience ?
  • Sa relation client : quels types de relations l’artiste entretient-il avec ses différents publics ?
  • Ses partenaires clés : quels sont les fournisseurs et partenaires les plus précieux du modèle ?
  • Ses ressources clés : quels sont les actifs indispensables au fonctionnement du projet ?
  • Ses principales activités : quelles sont les tâches récurrentes et prédominantes dans le quotidien de l’artiste ?

Évidemment, il n’y a pas qu’un modèle économique possible et généralisable à tous les Musicpreneurs.

L’ancien business model dominant dans l’industrie musicale a été « disrupté » : la musique a perdu quasiment toute sa valeur monétaire (en partie à cause du piratage) et les médias traditionnels n’ont plus l’écho qu’ils avaient il y a 20 ans.

Aujourd’hui, on vend davantage des expériences plutôt que de la musique et on accepte ouvertement que celle-ci soit en accès libre et (quasiment) offerte à tout le monde.

Tous ces éléments impliquent que l’artiste moderne doit dans un premier temps formuler des hypothèses, puis dans un second, chercher à les valider en expérimentant et en commettant (parfois) des erreurs.

Tel un vrai entrepreneur.

Le Musicpreneur, évolution naturelle de l’Artiste DIY ?

Mais alors…

Si le Musicpreneur est d’abord un touche-à-tout qui s’investit autant dans chaque aspect de sa carrière, pourquoi ne pas plutôt utiliser une autre dénomination ?

Pourquoi ne pas se contenter de « artiste DIY », « musicien indé » ou « artiste autoproduit » pour le décrire ?

Tout simplement parce que la terminologie évolue avec son temps pour représenter plus précisément la nature de cette activité si particulière. Un terme comme « artiste DIY » est finalement aussi réducteur qu’inadapté.

En effet, pendant des années le terme marketing à la mode pour qualifier un projet d’artiste fut « DIY » pour « Do It Yourself » (« Fais-le toi-même »). Or, ce terme n’a représenté qu’en ses débuts une véritable alternative et une réalité pour les musiciens.

Avec le temps, de plus en plus d’artistes ont été qualifiés de « DIY » pour expliquer leur succès en indépendant, c’est-à-dire sans passer par les canaux traditionnels. Le problème quand on y réfléchit, c’est que se professionnaliser en tant qu’artiste DIY est tout bonnement… impossible.

Le musicien professionnel et 100% DIY est un mythe.

Le terme « DIY » est né de la culture punk/post-punk des années 70. Cela signifiait à l’époque sortir des sentiers battus et tracer son propre sillon.

Cela impliquait de produire soi-même sa musique, de créer soi-même ses supports de communication et son merchandising, mais également de se rémunérer en faisant payer le prix coûtant aux éventuels intermédiaires, le profit étant mal perçu.

Il s’agissait d’un mouvement politisé et caractérisé par une nébuleuse d’individus résolument autonomes.

Le DIY était à la base véritablement synonyme de « Do It Yourself ».

Puis, au fur et à mesure qu’Internet a donné les outils aux musiciens pour qu’ils assurent leur propre distribution et leur propre promotion, le terme « DIY » est revenu sur le devant de la scène, pour appuyer le fait que le musicien n’a plus besoin d’intermédiaires pour diffuser, vendre et donc avancer. Ce qui est totalement faux.

Au 21e siècle, le DIY est une illusion et ne constitue pas une réelle alternative viable à grande échelle.

Bien entendu, le Musicpreneur peut (et doit) réaliser un grand nombre de tâches lui-même : la composition, la production, le marketing, le booking, la conception graphique, le community management, le webmastering, le merchandising, etc.

Mais la différence est qu’un Musicpreneur ne rechigne pas à s’organiser comme un véritable business dès qu’il le peut, s’il désire avancer plus vite.

musicpreneur artiste DIY

Il peut ainsi demander de l’aide et du feedback à ses fans, à des amis, à d’autres musiciens et à des professionnels. Il n’a pas honte de générer des profits, car il sait que ça l’aidera à développer son business musical.

Un Musicpreneur est polyvalent, mais peut prendre de la hauteur par rapport à son projet en recrutant d’autres personnes plus compétentes que lui dans certains domaines.

Et ça, ça fait toute la différence avec un artiste DIY. Un Musicpreneur est un professionnel de la musique alors qu’un musicien en DIY est avant tout un passionné.

D’ailleurs, l’utilisation du terme « DIY » est parfois quelque peu infantilisante, dans le sens où cela implique que le musicien en question ne cherche pas la professionnalisation, mais juste à créer de lui-même, en marge de l’industrie.

Il est en somme limité par son manque d’ambition et cela se ressent forcément tôt ou tard dans certains aspects de son projet musical.

Et pour cause, ce n’est pas parce qu’il peut mettre sa musique en quelques clics sur Spotify et Youtube ou créer une publicité Facebook, qu’il va rivaliser avec Beyoncé ou U2 lorsqu’ils utilisent les mêmes outils.

Pourquoi ? Parce que le musicien DIY se contente trop rapidement d’un produit, d’un marketing ou de compétences passables, faute de moyens ou d’expérience, en invoquant l’authenticité de son art.

Or, aucun business n’a été construit seul et il en va de même pour votre carrière musicale. Accepter cela ne veut pas dire que l’on perd en authenticité et que l’on devient fondamentalement mainstream ou « vendu ».

Cela veut avant tout dire que l’on accepte les tenants et les aboutissants du métier de musicien professionnel.

Ainsi, le Musicpreneur refuse la mentalité DIY qui ne l’aiderait qu’à ajouter des obstacles à son parcours. En effet, le mental joue autant que le reste et il est crucial de rester ouvert aux autres, à l’affût des bonnes opportunités et humble.

Conclusion

Peu importe le business model, l’entrepreneur doit s’entourer d’autres individus pour se permettre d’aller plus vite. Le musicien ambitieux doit réagir de la même façon et se comporter comme s’il était à la tête d’un business.

Au début, il peut s’agir d’amis ou de membres de la famille, mais à terme le leadership et l’organisation font la différence entre un Musicpreneur et un amateur.

Dans la seconde partie de cet article, nous parlerons davantage du contexte ayant permis un tel avènement, mais aussi des perspectives que cela laisse présager à l’échelle de toute l’industrie musicale.

Qu’est-ce qui permet l’entrepreunariat musical et comment nous préparer au mieux pour les décennies à venir ?

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On vous attend :)